[TRIBUNE] « Les Prohibés : Au service de l’art beau » par Alban de BÉCOURT

Coordonnées de l’auteur de cette tribune :

Mr Alban de BÉCOURT

E-mail : a.lauroch@gmail.com

Instagram : @alban_de_becourt et @les_prohibes

Nous, collectif des Prohibés, nous nous définissons par une chose : mettre en avant le talent des artistes au service de la France. Ce talent s’exprime selon la spécialité de chacun. Nous nous efforçons de fabriquer du « beau » pour montrer à quel point nous aimons notre pays et pour que ceux qui regardent notre travail partagent notre point de vue sur la beauté de la France. Beauté que nous retranscrivons par des sculptures en bois, en fer, par la peinture et l’écriture, par la photographie, le dessin à la mine, à l’encre de Chine etc…

Je vous écris aujourd’hui pour vous exposer mon point de vue sur notre travail et sur celui que vous regardez. Sans doute vous demandez-vous, en observant le travail méticuleux de ces artistes français, pourquoi le font-ils et comment y arrivent-ils ? La réponse simple est : « Nous le faisons pour la France, et nous y arrivons parce que nous aimons notre patrie ». Mais cela laisserait un arrière-goût inachevé à la question, votre esprit en demanderait davantage et il aurait bien raison. Permettez-moi d’élargir cette questions de façon que, à la fin de la lecture, vous puissiez vous-même y répondre. Nous définirons d’abord le beau en lui-même et l’art beau (1), puis nous réfléchirons à pourquoi il faut « fabriquer » le beau (2) et enfin comment le faire (3). Tout comme l’art augmente l’imagination de celui qui en est témoin, les écrits augmentent la réflexion de celui qui s’y plonge. Il vous appartiendra donc de comprendre, tout au long de cette lecture, deux réflexions parallèles : l’importance de s’engager à faire le beau, et pourquoi le beau n’est un critère d’art.

1. Le beau et l’art beau

Le beau est un critère subjectif certes mais, pour certaines choses et même certaines œuvres, le beau semble objectif. Il existe sans doute des échelles dans la beauté, mais le vrai beau, le magnifique, est quasiment universel, à tel point qu’il semble indépendant de la sensibilité de chacun. Ainsi en est-il du crépuscule d’été quand le ciel se pare de son manteau sang et or, de la nuit illuminée d’un milliard de petites étoiles ou des vallées de haute montagne recouvertes d’innombrable flocons de neige faisant oublier jusqu’à l’existence des routes. Certains sont tellement blessés dans leur vie, et d’autres naturellement meurtris dans leur esprit, que, sans jamais une once de mauvaise foi, ils iront contre l’avis commun de ce qui est beau ou laid. Il est important de dire que ces personnes sont sans mauvaise foi parce qu’ils en existent aujourd’hui, qui, peu importe l’œuvre, impliqueront dans leur jugement toute leur subjectivité possible, leur choix politique, religieux, sexuel, regarderont l’histoire et jugeront l’œuvre à travers l’artiste et les mœurs de leur époque.

Le « beau » universel est ce petit quelque chose qui transcende celui qui regarde ou écoute. Il se regroupe dans plusieurs thèmes comme l’univers, la nature morte ou vivante comme la représentation de l’Homme dans sa perfection anatomique, physique, sportive, sexuée, mais le beau se trouve aussi dans les choses divines, spirituelles comme en témoigne la chapelle Sixtine ou les vitraux des églises médiévales. Mais cette transcendance ne dépend pas uniquement de ce qui est représenté, mais aussi de ce que nous, les artistes, avons voulu insuffler à l’œuvre. Montrer ce qui est beau n’est pas suffisant, il faut que celui qui capte l’œuvre soit interpellé et se demande pourquoi elle a été faite, pourquoi, est-ce qu’il capte quelque chose qui échappe à ses sens ? Comme un miroir sans teint, l’œuvre a un fond caché, que le touriste, l’observateur, le critique, le passager, le riche ou le nécessiteux va chercher à découvrir puisse qu’il se sent happé. Oui, il est nécessaire d’avoir une face cachée dans chacune de nos œuvres. Elle ne doit pas obligatoirement être complexe, la beauté réside aussi dans la simplicité, n’est-ce pas ? Ainsi la simple caresse maternelle n’est pas moins belle que l’expression complexe de la Joconde. Ces tiroirs secrets contribuent fortement à la beauté de nos œuvres puisque, interpellant l’autre, ils vont le plonger dans une réflexion qui élève son esprit, et le processus de réflexion amène la joie. Quoi de plus triste qu’une œuvre sans fond ? Une œuvre faite sans esprit ne trouvera pas écho auprès du public, elle sera éphémère et sans valeur. Pire, on associera l’œuvre sans fond à l’artiste sans âme qui l’a produite et quand votre nom sera mentionné, ou celui de votre œuvre, on se souviendra de ce qu’elle n’avait pas et non de ce qu’elle était.

La nature de l’œuvre belle va donc par deux, comme la nature de l’homme. Faite de matière palpable physiquement et d’une choses invisible perceptible par l’esprit, ainsi vont le corps et l’âme, mais aussi les couleurs et les nuances, la sculpture et le mouvement, une chanson et son histoire.

Si la création de l’œuvre est guidée par l’imagination, le fond est guidé par la raison. Ainsi l’art contemporain est peut-être de l’art mais c’est un art majoritairement laid. Laid parce le fruit de leur imagination est sans contrôle de la raison. L’équilibre des couleurs, des formes et des matières étant inexistant. Alors la globalité des œuvres contemporaines sont artistiques peut-être, éphémères surement, laides certainement.

La raison peut être définie comme la capacité de jugement global qui sépare l’enfant de l’adulte. Ce sont les capacités psychiques permettant de se dire « là c’est bien, tient ici ça cloche ». L’ignorance pousse à la question, la curiosité amène à l’expérimentation qui, avant de franchir un mauvais pont, est arrêtée par la raison. Or, de raison, les artistes contemporains, dans la grande majorité, ne semblent pas en avoir. Un enfant qui gribouille sur une feuille de papier c’est mignon, objectivement souvent moche mais il l’a fait avec un cœur d’enfant alors son dessin est, subjectivement pour les parents, beau, puisque le fond est d’une certaine beauté naïve. L’enfant dessine de manière brute la représentation du monde qu’il se fait, associant des objets de tout genre sans raison valable mais parce qu’ils sont tous beaux. Chez un enfant, oui c’est normal, chez un adulte qui a dépassé la trentaine, gribouiller ou balancer ses fluides corporels sur une toile blanche en crin de licorne est pathétique. Chez un artiste normalement constitué, la raison rend la retranscription de l’imagination belle et fidèle à ce qu’il souhaite. L’art contemporain est donc une irraisonnable imagination couchée sans filtre, au gré des pulsions, reflets des passions sans contrôle, des esprits sans barrière, d’une âme perdue parce que la route qu’elle a suivie est restée sans indication trop longtemps. La liberté totale éducative donné à l’artiste dans sa jeunesse, entrave la beauté de son art parce qu’en supprimant les interdits qui auraient forgé sa raison, son imagination s’en retrouve dégradée. Imagination et raison ne devraient jamais aller l’une sans l’autre.

Mais l’imagination est, cependant, incontestablement irraisonnable. Le rêve, par exemple, n’est que le fruit de notre imagination sans limite raisonnable, un mélange de tout qui nous mène dans des mondes parallèles où les distances et le temps ne semblent pas avoir d’emprise. Tous, nous avons rêvé d’un monde où nous effectuerions le travail de nos rêves, porter des vêtements de luxe, avoir un mari aimant, revoir notre mère, partir en croisade etc…

Il faut être fou pour coucher sur papier ce à quoi notre esprit nous fait penser. Fou ou illuminé. Fou pour l’art profane, illuminé pour l’art divin. Mais la raison nous replonge dans les conditions terrestres et nous renvoie à notre condition humaine, celle d’un poids lourd en gravité autour d’un astre perdu dans l’immensité galactique pour qui notre vie est moins longue qu’un battement d’aile de colibri. La raison existe parce que nous sommes programmés pour survivre. Et comme nous voulons vivre, nous choisissons l’option la plus saine, le beau fait partie des options saines parce qu’avant le siècle actuel, il n’y avait pas de place pour les irraisonnés dans le monde de l’art, pas de place pour la laideur étalée sur place publique.

Voilà ce que les artistes contemporains aiment dire : « Cela représente ce que vous voulez, je ne vous donnerai pas mon avis, il ne compte pas, tout le monde est libre, tout est beau, il n’y a pas de raison derrière ce que je fais, c’est sorti de moi comme une fusée, je n’ai pas pu le contenir. ».  Du néant, du vide, du rien. Ces artistes font, à la demande de la société, ce qui marche, des œuvres sans fond pour choquer « l’opinion publique » et « militer pour mais surtout contre » parce qu’en réalité, ils savent ce qu’ils font : des croutes, qui se vendront des milliers d’euros pour un riche voulant placer son argent afin de ne pas payer d’impôts, une définition du luxe incompréhensible pour le sain commun des mortels. Nonobstant ce qu’ils pensent, leurs œuvres, comme leurs raisonnements, n’ont plus ni hiérarchie, ni sens, ni norme, ni limite. Tout chez eux est… relatif… amorale… Ils sont des Jean-Michel À-Peu-Près et se complaisent dans leur bauge, s’auto-infligeant le pilori du beau qu’ils prennent pour une scène reconnue et appréciée.

Nous, artistes Prohibés, sommes trois gouttes chaudes, bleue, blanche et rouge, dans l’océan tiède et transparent du nihilisme artistique contemporain. Nous redonnons des teintes et des nuances, nous apportons de la joie et du beau à ceux qui nous suivent et, par leur retour, nous savons que ça leur plaît, qu’ils apprécient d’avoir enfin les sens en éveil. Le beau est, comme la culture, un cadeau qui allège l’âme. Nous nous devons de proposer des cadeaux de beauté au monde qui voit la culture et l’héritage de notre histoire comme un fardeau lourd à porter, un boulet contraignant dont il faut se séparer.

Les thèmes principaux comme la religion, la patrie, ou encore la mémoire, les morts et l’Amour peuvent se décliner autant de fois qu’il y a d’artiste qui vont y puiser leur inspiration. Bien que l’art beau ne soit pas nécessairement au service d’une cause, elle reflète quand même une partie du monde ou de l’esprit, invitant par sa beauté à l’admiration et parfois au questionnement, à la réflexion. Nous devons, en tant qu’artiste, avoir le devoir de connaître la raison de notre œuvre. Il faut que nous la connaissions parce qu’elle sera le fil rouge de notre création, notre esprit gardera ces quelques idées de base en tête et nous, quand nous filmerons, dessinerons, écrirons, peignerons, sculpterons, nous nous souviendrons de ces mots qui sont le socle caché de l’œuvre, la piste d’interrogation pour le public. Et viendra un soir où une personne nous questionnera simplement d’un « pourquoi ? » et nous, artiste en tout art, devrons répondre à cette question. Et pour y répondre il nous faudra connaître notre œuvre jusque dans son double fond. Alors, quand cette personne avec cette interrogation arrivera nous serons heureux, pour deux raisons.

_La première est que dans la grande frise chronologique de l’Homme et sur les milliards de personnes habitants cette planète, une personne au moins se sera intéressée à ce que nous avons fait, qui plus est, de notre vivant.

_La seconde raison est que nous, imagination raisonnée, avons préparé cette question avant même que l’œuvre soit achevée, et nous pouvons l’expliquer. Peu importe ce que pense la personne, c’est ce que nous pensons qui l’intéresse. L’œuvre étant un prolongement de nous-même, une part de notre esprit que notre corps a réussi à retranscrire, tout ce que nous avons consacré dans cette œuvre, sueur, larmes, joie, argent, peut-être même du sang et plus encore, trouvera consécration entière dans le partage que nous ferons de cette œuvre et dans la réponse que nous donnerons.

Cette réponse appartient à chacun d’entre nous, mais elle fait partie intégrante de l’œuvre. Les autres verront peut-être ce qu’ils veulent y voir parce que l’inconscient subjectif est bien plus dominant que l’objectivité recherchée pour regarder une œuvre (quoique discutable) mais nous sommes les seuls à avoir le droit et sans doute le devoir, quand l’œuvre est terminée, de ne pas être objectif face à une question. C’est notre œuvre, nous ne pouvons pas éprouver de l’indifférence pour elle. Cette admiration pour notre œuvre reflète aussi, narcissiquement, un amour que nous portons à ce que nous avons fait. C’est la nôtre, nous avons le droit d’en être fier.

Pour résumer, je pense que l’art beau est un irraisonnable prolongement physique d’une imagination raisonnée offert comme cadeau au monde.

2. Fabriquer le beau : pourquoi ?

Maintenant que l’art beau est défini, il faut savoir pourquoi nous le fabriquons.

Le beau est, certes naturel, mais il ne sort pas d’une boîte magique. Le beau a été fait. Peu importe par qui, le beau n’est pas venu comme ça. Le beau n’est pas de toute éternité, l’univers a bien été créé, la Terre aussi et l’arbre du fond du jardin de votre tante n’est pas apparu subitement. Il a fallu du temps, des millions et des milliards d’années pour que des atomes forment des molécules, qui ont formé des cellules, qui se sont regroupées pour former des organismes complexes. Le monde que nous observons aujourd’hui est au sommet de la beauté qu’il peut nous offrir. La nature est belle parce qu’elle a été patiente, elle a évolué au fil de l’eau et sous les rayons du soleil, s’adaptant, toujours triomphante. La beauté d’aujourd’hui est la digne héritière de celle d’hier. La nature est belle parce qu’elle n’a pas cherché à se tuer, elle s’est équilibrée. Elle est belle parce qu’elle est le portrait des millions d’années qui nous ont précédés. Donc si la nature qui est belle a été faite, le beau d’aujourd’hui doit aussi être fait, créé, peu importe le temps que cela prendra. La patience est à la beauté ce que l’amour est à l’homme, une nécessité. Le beau ce n’est pas, ici, seulement l’œuvre d’art, mais tout ce qui nous entoure, nous y compris, corps, esprit, âme. Chacun de nos talents doit être approfondi pour s’épanouir dans la beauté qu’il peut en dégager. Nous avons, et nous ressentons, au fond de nous-même, l’envie de faire le beau. Cette envie nous dépasse de tout temps et elle veut s’exprimer. Dès le plus jeune âge, nos parents, nos professeurs, nos éducateurs nous ont rabâché « fait ça proprement, il faut que ta copie soit propre et ton écriture belle, il faut que tu fasses l’effort de faire ça correctement, aller jusqu’au bout des choses » parce que, tout simplement, le beau est agréable et ce qui nous est agréable nous donne envie d’en profiter.

Faire bien le beau c’est autant par respect pour celui qui réalise que pour celui qui va regarder. Nous savons repérer les détails qui ne vont pas dans nos œuvres justement parce que nous avons le souci de la perfection et que si nous pouvons le voir, nous craignons que les autres aussi puissent le voir et donc que pour eux, l’œuvre soit une parfaite imperfection. L’œuvre est en partie le reflet de l’identité de l’artiste et il n’est pas agréable d’entendre dire que nous ne sommes pas capables de faire ce que nous avons voulu faire, et donc en conclure que notre identité est mal construite, pas finie, c’est pourquoi il est bon que nous recherchions constamment la perfection dans notre travail.

L’art beau est aussi un moyen de rendre hommage au sujet qui nous tient à cœur. Rendre hommage et respecter sont deux actions assez semblables si ce n’est que le respect est passif et l’hommage actif. Et quoi de plus beau que de montrer à une personne qu’on l’aime ? Alors quoi de plus beau, dans l’art, que de montrer, à notre façon, qu’on aime le sujet choisi ? L’amour est irraisonnable, pour lui on fait des choses qui ne nous viendraient même pas à l’esprit, et en plus sans être sûr du résultat. Et l’art ? Quel artiste est sûr du résultat final de son œuvre ? Nous aimons tellement le sujet que, d’avoir déjà essayé de la faire est une forme d’hommage, une déclaration d’amour. Et tous les échecs font partie intégrante de l’œuvre, les mots durs, les pensées désespérées et l’envie d’abandonner face à la difficulté de la tâche. Ce sont justement ces obstacles qui renvoient à l’incertitude de la réussite et cette patience qui forge le beau, qui rendent l’œuvre plus belle, et l’hommage plus intense. L’effort et les moyens consacrés amplifient notre bonheur quand l’heure de lever les mains sonne.

Comme dit le Général Maximus dans le film « Gladiator » (2000) : « Ce que l’on fait dans sa vie, résonne dans l’éternité ». Une personne, un tant soit peu ambitieuse, veut laisser sa marque, même une infime griffure, des initiales sur un arbre ou un rocher perdu au fin fond de la Creuse, pour qu’on se rappelle de lui. L’artiste est ambitieux parce qu’il voit plus loin que le bout de son imagination, il veut lui aussi laisser une trace notable sur Terre. Les artistes et les auteurs sont d’ailleurs, au monde, les seules personnes à être capables de laisser durablement des marques de notre passage. La Damnatio memoriae était une punition qui bannissait de l’Histoire, les références ou allusions à quelqu’un, quelles que soient leurs formes. Et pour une personne qui voulait laisser son empreinte, c’était sans doute la pire des situations envisageables, il fallait donc, pour éviter ceci, bien faire, faire beau.

Ainsi, l’art beau respecte et rend hommage au monde dans le sens où il épouse la patience du temps qui pousse toute chose à être de plus en plus belle et à les rendre admirables à ceux qui peuvent en profiter le plus longtemps possible.

3. Fabriquer le beau : comment ?

La première chose à faire, pour créer le beau, est d’avoir un sujet. Pour bien faire, il faut bien aimer et par conséquent, nous devons choisir un sujet qui nous tient à cœur puisque, logiquement, il nous inspirera fortement. Le sujet que nous avons choisi, ne serait-ce qu’en imaginant ce que nous pouvons en faire, nous remplis déjà de bonheur. Nous, artistes Prohibés, avons choisi de mettre la France au centre de nos sujets. La France est si riche que les œuvres à venir ont encore une infinité de sources dans lesquelles puiser.

Le processus amenant à opter pour un sujet passe par deux étapes, la première est le choix. Ce choix vient généralement de l’imagination, qui dépend du vécu et de l’expérience d’un individu en particulier. Le sujet choisi, il faut désormais se l’approprier, c’est l’adoption. Adopter une idée, une personne, un objet ou autre, signifie avoir un projet pour lui qui soit constructif et valorisant. Parce que soit vous prenez ce thème, vous vous l’accaparez pour le rabaisser et vous mettre en avant, soit vous adopter le thème et le mettez en avant pour qu’il soit reconnu et apprécié. C’est également ici que nous pouvons retrouver toute la beauté de notre travail, quand le feu des projecteurs est braqué sur l’œuvre et non sur nous, quand la reconnaissance de l’artiste est une conséquence de la réussite de son œuvre et non l’inverse.

Le thème adopté, il faut maintenant le sortir de votre esprit, lui donner forme ou lui insuffler vie en quelque sorte. Il serait trop long de détailler comment chaque artiste donne vie à son esprit mais nous pouvons, dans chacun retrouver à peu près ces étapes :

D’abord le support. Pour un peintre ce n’est pas juste une toile blanche, mais la texture de celle-ci, sa dimension aussi. Le menuisier choisira ses essences de bois comme le tailleur choisira son bloc de pierre, le photographe choisira le fond de sa photo, les fabricants de bijoux choisiront l’alliage de métal. Inutile de rappeler que, pour faire l’art beau, les alliances de matières différentes comme une défense de phacochère, du laiton et de l’ébène, se choisissent avec harmonie. Le support est généralement brut et l’artiste y donnera forme.

La seconde étape est le choix des instruments. Pinceaux, crayons, bures, marteaux, ciseaux, pinces, couteau mais aussi et avant tout, les mains. Ces merveilleux outils dont la nature nous dota et servent à faire le plus grand bien autant que le plus grand mal. Ils sont évidemment essentiels pour tenir les instruments et ajuster les rapports de force à avoir lors de la taille, de la coupe, du sciage, du concassage, etc.

Viens ensuite la troisième étape, le dégrossissement de la matière première. Ainsi en va-t-il de la pierre qui se réduit, grain par grain, et le bois, copeau par copeau. Pour l’écriture c’est assez différent. Le dégrossissement est plutôt une pose grossière des idées sur papiers, les grandes lignes, les titres pour certains, des mots clés pour d’autres, un premier jet finalement.

Avec la quatrième étape, nous rentrons dans le détail, il faut poncer le bois, ajuster les pièces entre elles, accentuer les nuances de couleur dans la photographie ou le redressement du menton pour le mannequin. Un aparté qui a sa logique et son importance, nous pouvons remarquer que, et tous les artistes de l’art beau le diront, une œuvre, comme une maison, se construit par la base, par les lignes essentielles, par les points de fuite aussi. En développant un peu nous pourrions dire que le big bang est, en quelque sorte, le point de fuite de l’univers comme l’embryon est le point de fuite de la vie. Une chose minuscule qui donnera quelque chose d’immense. L’équilibre est donc le maître-mot du détail et de l’ajustement.

Les finitions sont la cinquième et dernière partie de la fabrication d’une œuvre. Voilà plusieurs heures, plusieurs jours, voire plusieurs mois, que nous avons commencé, les détails sont prêts, l’œuvre est ajustée, équilibrée, mais avant de l’exposer, il faut relire sa copie. Les finitions sont un travail de longue haleine. La concentration est souvent maximale parce que la précipitation serait délétère pour finir l’œuvre. La finition c’est voir l’œuvre sans échelle, ou plutôt sans ensemble, c’est être dans la précision du détail. Il nous faut chercher la moindre anomalie et soudainement… l’œuvre est finie… L’artiste se relève… Le souffle court… L’âme légère… Il contemple son trésor… C’est fini… Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Il faut toujours noter l’importance de la temporalité, quelle que soit l’étape. Le processus de fabrication de l’art beau peut donc se résumer à la patience et à la précision réclamées par toutes les étapes qui suivent un ordre précis.  

Ainsi s’achève cette quête de l’art beau. Nous y avons vu les critères, donné une définition et proposé des pistes sur le pourquoi et le comment.

S’il ne fallait retenir qu’une seule phrase, ce serait celle-ci : Imagination sans raison et réalisation sans patience ne sont que ruine de l’art beau.

Alban de BÉCOURT

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